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Il pleut des cordes, des chats et des chiens

2012/04/22

Est-ce que les bilingues voyent le monde autrement par rapport aux personnes* qui ne parlent qu’une langue? L’hypothèse Sapir-Whorf suggère que toutes nos pensées ne sont que des métaphores, figées par le language dans lequels elles s’expriment. Pour prendre un exemple tout simple, vu le temps qu’il fait dehors aujourd’hui (du moins, chez moi…), voyons l’expression

Il pleut des cordes.

Personellement, j’interprète ça comme voulant dire que les gouttes d’eau sont tellement rapprochées qu’elles donnent l’impression d’être fusionnées, formant des fils ou des cordes. En image:

Ou bien encore:

Cette deuxième image n’est compréhensible qu’aux francophones, ou aux personnes à qui on l’aurait expliquée. Donc, je pense avoir établi que les francophones perçoivent cette image autrement que les non-francophones. Mais la pluie intense n’est pas limitée à la France et autres pays francophones. En effet, il existe une expression semblable en anglais:

It’s raining cats and dogs.

Soit litéralement:

Il pleut des chats et des chiens.

NB: à ne pas confondre avec la pluie d’animaux!

Ce coup-ci, je ne sais pas comment interpréter l’expression pour la rendre plus logique. Allez chercher. De nouveau, on peut la retrouver en image (avec beacoup plus d’aise sur Google, d’ailleurs):

Selon moi, même si l’on peut en deviner le sens, l’impression formée dans la tête d’un anglophone par l’expression “It’s raining cats and dogs.” n’est pas la même que celle formée chez un francophone qui entendrait “Il pleut des chats et des chiens.”

Dans mon cas, étant bilingue anglais-français depuis tout petit**, j’ai tout de suite en tête la même chose quand j’entends ces deux phrases. Ce n’est que quand j’y réfléchis, ou quand on me le fait remarquer, par example en juxtaposant les deux, que je redeviens conscient de la différence entre ces deux expressions.

Si il en est le cas pour les simples expressions idiomatiques sur un sujet aussi banal que la météo, qu’en est-il pour le reste des idées dans le monde? Est-ce que les bilingues interprètent le monde de façon décalée par rapport aux autres*?

J’aimerais connaître vos avis, vous pouvez laisser un message dans les commentaires ci-dessous.

*D’ailleurs, on a tellement peu l’habitude de penser aux capacités linguistiques des gens qu’on n’a même pas de mot pour les personnes-qui-ne-parlent-qu’une-langue. Dirait-on les “monolingues”?

**Soyons clair, ce n’est pas parce que je suis bilingue que je me comporte comme ça:

From → being bilingual

5 Comments
  1. Bonjour Alex, post très intéressant (tu as oublié l’expression “il pleut comme vache qui pisse”, très française aussi).
    Mon avis de quadrilingue, c’est qu’en fin de compte j’interprète le monde dans ma langue natale, car c’est celle avec laquelle j’ai appris à interpréter le monde. Je n’ai pas l’impression non plus, quand je suis dans un pays anglophone, de me comporter comme un anglais ou un américain, par exemple… Cependant, il m’arrive (comme ça doit être le cas pour tous ceux qui parlent plus d’une langue) de n’être capable d’exprimer une idée que dans une seule langue, qui est la langue la plus représentative de cette idée : de combien de façons différentes peut-on exprimer que quelque chose est mouillé en français? Combien en anglais? CQFD ;-)

    • Alex Brown permalink

      Merci pour ton commentaire Florent ! En effet il y a beacoup de variations sur “wet”.

  2. I’d say that languages do influence our thinking somewhat, but it’s more subtle than the above. Here’s one study that actually identified something interesting:

    http://www.edge.org/3rd_culture/boroditsky09/boroditsky09_index.html

    “In one study, we asked German and Spanish speakers to describe objects having opposite gender assignment in those two languages. The descriptions they gave differed in a way predicted by grammatical gender. For example, when asked to describe a “key” — a word that is masculine in German and feminine in Spanish — the German speakers were more likely to use words like “hard,” “heavy,” “jagged,” “metal,” “serrated,” and “useful,” whereas Spanish speakers were more likely to say “golden,” “intricate,” “little,” “lovely,” “shiny,” and “tiny.” To describe a “bridge,” which is feminine in German and masculine in Spanish, the German speakers said “beautiful,” “elegant,” “fragile,” “peaceful,” “pretty,” and “slender,” and the Spanish speakers said “big,” “dangerous,” “long,” “strong,” “sturdy,” and “towering.” This was true even though all testing was done in English, a language without grammatical gender.”

    (Polish/English “late bilingual” here. French is my third or fourth language, depending on how you count it. I can read it alright, but I’d probably goof if I tried to write a response in French.)

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